Archives d'Abbadia - Notice thématique : Edmond Duthoit, itinéraire d'un architecte éclectique
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Date d'impresssion : 23/07/2019
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Histoire et société

Edmond Duthoit, itinéraire d'un architecte éclectique

Portrait d'Edmond Duthoit, photographie, années 1870 - Crédit : Musée de Picardie
Portrait d'Edmond Duthoit, photographie, années 1870 - Crédit : Musée de Picardie
Né à Amiens en 1837, Edmond Clément Marie Louis Duthoit était issu d'une dynastie d'artistes et de maîtres d'oeuvre installés depuis 1796 à Amiens et fort renommés en Picardie. Son père Aimé et son oncle Louis Duthoit, respectivement sculpteur et dessinateur, travaillèrent, leur vie durant, en tandem à la restauration de monuments médiévaux ou, même, à la construction d'édifices modernes. Ils collaborèrent souvent avec Eugène-E. Viollet-le-Duc qui leur vouait un profond respect, en témoigne cette citation maintes fois reprises où le "maître" les assimile aux "derniers imagiers du Moyen-Age". Les descendants d'Edmond Duthoit poursuivront également dans cette voie toute tracée, avec son fils Louis, figure de l'Art nouveau picard, et ses petit-fils André et Robert, tous architectes. 
 
Outre son éducation jésuite, Duthoit se forma à l'atelier de ses oncle et père, où il apprit le dessin et effectua, selon la méthode traditionnelle, de nombreux relevés d'architecture et d'ornements essentiellement issus de l'époque médiévale. C'est lors de la restauration de la cathédrale d'Amiens, où intervenaient les frères Duthoit, que Viollet-le-Duc, en tant que responsable du chantier, porta son attention sur le jeune homme et lui proposa d'emblée d'assurer sa formation à son atelier parisien. Duthoit partagea ainsi durant plusieurs années ses journées entre le cabinet d'architecture et le chantier de Notre-Dame de Paris accompagné de ses condisciples Maurice Ouradou et Anatole de Baudot. Son éducation artistique et architecturale se caractérise donc par sa dimension fortement nationaliste et s'inscrit pleinement dans le mouvement rationaliste porté par son illustre maître.


Vase colossal d'Amathonte, importé de Chypre par E. Duthoit en 1865, H: 1,90 m, D: 3.20 m, Ve-VIIe s. av. J.-C., musée du Louvre - Crédit : 2002, RMN - Franck RauxCependant, au début des années 1860, Viollet-le-Duc, privilégiant la pratique à la formation empirique, engagea Duthoit à parfaire sa formation par des voyages en Orient. A ce moment, le "maître" imaginait, sans se tromper, que son disciple étudierait les monuments antiques, conformément aux objets de la culture académique. Mais, s'il ne dérogea pas à la règle, ces missions suscitèrent chez Duthoit une véritable passion pour l'architecture orientale médiévale et moderne, autrement dit celle de tradition islamique. Ainsi, louant notamment ses qualités de dessinateur, Viollet-le-Duc le recommanda-t-il pour accompagner la mission archéologique du comte Melchior de Vogüé et de Waddington, fomentée par Ernest Renan en 1861, vers la Syrie, le Liban et la Palestine. Il y effectua de prolifiques relevés d'architecture, notamment ceux des fortifications salomoniennes de Jérusalem. Ses dessins firent d'ailleurs l'objet de deux cents planches pour l'ouvrage édité par de Vogüé à propos de ce voyage. Dans la continuité de cette expédition, sa seconde mission le conduisit, quatre ans plus tard, à Chypre afin d'enlever l'imposant vase d'Amathonte pour le musée du Louvre dans des conditions, somme toute, romanesques. 


Château de Roquetaillade. Au premier plan, le château vieux. A l'arrière-plan, le château neuf restauré par Viollet-le-Duc et Duthoit - Crédit : Fonds privé, droits réservésChambre rose du château de Roquetaillade, restauré et décoré par Viollet-le-Duc et Duthoit - Crédit : château de RoquetailladeMais depuis le retour de sa première mission, Duthoit travaillait surtout à l'agence de Viollet-le-Duc, qui le surnommait tantôt "son fidèle lieutenant", tantôt son "aide de camp", car il avait parfaitement épousé sa cause et ses enseignements. Dès 1860, il s'était vu associé à la restauration du château de Chamousset, puis, en 1864, il se vit confier le suivi des chantiers d'Abbadia et de Roquetaillade. Point commun de ces trois édifices, Duthoit en assuma la fin de chantier en lieu et place de son mentor dans les années 1870. Parallèlement à cette activité sous l'égide de Viollet-le-Duc, sa nomination en tant qu'architecte de la commission des Monuments Historiques pour les départements de la Somme et de l'Oise, en 1866, vint enrichir ses travaux par de nombreuses restaurations d'édifices diocésains, la cathédrale de Senlis en tête. 


Eglise de Souverain-Moulin (Pittefaux, Pas-de-Calais), carte postale - Crédit : fonds privé, droits réservésChâteau de Tilloloy (Somme), restauré par Duthoit puis détruit durant la Première guerre mondiale - Crédit : 1001sallesLa guerre de 1870 entraîna la dissolution de l'agence parisienne de Viollet-le-Duc, ce qui, ajouté à la demande pressante de sa famille, conduisit Duthoit à s'installer dans sa ville d'origine, Amiens, où il fut d'ailleurs immobilisé par l'armée allemande durant le conflit international. Là, il commença à être sollicité plus fréquemment pour des commandes privées, souvent localisées en Picardie ou dans le Nord, consistant en restaurations et constructions d'édifices et de monuments commémoratifs. Ses oeuvres d'alors montrent son exceptionnelle capacité à s'adapter aux attentes de ses commanditaires en produisant des réalisations de tous styles, à commencer par le néogothique, mais aussi l'esthétique académique des styles Louis XIII et néoclassique, ce qu'illustre notamment ses interventions au château de Tilloloy (Somme) ou à l'église Souverain-Moulin (Pas-de-Calais). 

 
Voûtes du porche de Notre-Dame de Brebières (Albert, Somme), par Duthoit - Crédit : Patrick, Flickr, droits réservésFort de son goût pour l'Orient, Duthoit fut nommé architecte de la commission des Monuments Historiques pour le territoire de l'Algérie en 1872, puis en fut désigné le chef de service en 1880. Ses fonctions le menèrent également à établir, aux côtés de Boeswillwald, devenu Inspecteur général des Monuments Historiques, un état des lieux du patrimoine tunisien au moment de la conquête française en 1880. Déjà imprégné de l'architecture méditerranéenne dans sa diversité géographique et historique, il assimila d'autant plus ce qu'il étudia et restaura en Afrique du Nord. Alors que, très tôt dans sa carrière, son oeuvre se teintait de l'influence de ses voyages et de son intérêt pour l'Orient, elle fit désormais l'objet d'un véritable métissage artistique où se mêlent les principes rationalistes gothiques et orientaux en termes de décoration autant que de structure architecturale.


Basilique Notre-Dame de Brebières à Albert (Somme), édifiée par Duthoit, puis reconstruite à l'identique suite à sa destruction durant la Première guerre mondiale - Crédit : Lusile, droits réservésL'apogée de cet éclectisme "raisonné", selon l'expression de B. Foucart au sujet de Viollet-le-Duc, s'exprime à travers son chef d'oeuvre, la somptueuse basilique Notre-Dame de Brebières, qu'il édifia à Albert, dans la Somme, à partir de 1883. Il consacra les dernières années de sa vie à ce projet grandiose, en en dessinant un maximum de projets à l'attention de ses successeurs, car il avait conscience du mal incurable qui finalement l'emporta le 10 juin 1889. Regardé comme un architecte et, avant tout, un homme exemplaire, il eut le privilège de funérailles en grandes pompes, réunissant intimes, personnalités et dignitaires picards et nationaux.
 
 
Carte d'identité

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Rubrique : Histoire et société
Toponymie : Thème : Style : Période : Datation précise : non renseigné
Auteur de la notice : Viviane Delpech
Mise en ligne : 07/08/2014
Mise à jour : 05/08/2014
Droits de diffusion : Communication soumise à autorisation, reproduction soumise à autorisation
Droits d'auteur : © www.archives-abbadia.fr

Bibliographie

  • BERGDOLL B., « The synthesis of all I have seen, the Architecture of Edmond Duthoit (1834-1889) » in MIDDLETON R., The Beaux-Arts and Nineteenth Century french architecture, Thames and Hudson, Londres, 1982, p.217-249. 
  • BERGDOLL B., Edmond-Louis-Clément-Marie Duthoit, mémoire de MA Degree d’Histoire de l’Art, King’s College, Cambridge, 1979. 
  • DELPECH V., Le château d'Abbadia à Hendaye: le monument idéal d'Antoine d'Abbadie, 3 volumes, thèse de doctorat d'Histoire de l'art, Université de Pau et des Pays de l'Adour, 2012.
  • FOUCART B., « Viollet-le-Duc et Duthoit en Abbadia », in Connaissance des Arts, 1996, p.85-92.
  • FOUCART-BORVILLE J., « La correspondance chypriote d’Edmond Duthoit : 1862-1865 » in Centre d’Etudes Chypriotes, cahier n°4, 1985.
  • FOUCART-BORVILLE J., « Une collaboration exemplaire : Viollet-le-Duc et Edmond Duthoit à Roquetaillade » in Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français, 1985-1987, p.269-281. 
  • OULEBSIR N., « Edmond Duthoit. Une architecture néogothique et moderne, entre Picardie et Méditerranée », in OULEBSIR N. et VOLAIT M. (dir.), L’orientalisme architectural. Entre imaginaires et savoirs, coll. D’une rive à l’autre, Picard/CNRS In Visu, Paris, 2009, p.155-176. 
  • SEVERIS R., BONATO L., Along the most beautiful path in the world : Edmund Duthoit and Cyprus, catalogue d’exposition, Bank of Cyprus Group, Nicosi, 1999. 

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Pour citer cette notice : Viviane Delpech, "Edmond Duthoit, itinéraire d'un architecte éclectique", in Ville d'Hendaye/DRAC Aquitaine, Archives d'Abbadia. Patrimoine du XIXe siècle [En ligne], mis en ligne 07/08/2014, consulté le 23/07/2019. URL : http://www.archives-abbadia.fr/notice_thematique_31.htm
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