Archives d'Abbadia - Notice thématique : Eugène-E. Viollet-le-Duc, repères biographiques
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Date d'impresssion : 17/01/2019
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Histoire et société

Eugène-E. Viollet-le-Duc, repères biographiques

Portrait d'Eugène Viollet-le-Duc, par R.O. Monvoisin, 1834 - Crédit : Ministère de la Culture - Médiathèque de l'architecture et du patrimoine - RMN
Portrait d'Eugène Viollet-le-Duc, par R.O. Monvoisin, 1834 - Crédit : Ministère de la Culture - Médiathèque de l'architecture et du patrimoine - RMN
​Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc naquit le 24 janvier 1814 à Paris. Son environnement familial était propice à générer une carrière et un goût pour le patrimoine, notion qui, en ce début du XIXe siècle, était en cours de définition. Son père Emmanuel fut nommé conservateur des résidences royales par Louis-Philippe durant la Monarchie de Juillet, ce qui amena les Viollet-le-Duc et leur deux fils à s’installer au sein du Palais des Tuileries. Son grand-père maternel, Jean-Baptiste Delécluze, avait été architecte. Son oncle, Etienne-Jean Delécluze, eut une importante influence sur son initiation aux arts et à l’architecture. La famille était en outre très proche de Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques, qui prenait pleinement part au mouvement de renaissance du passé national.
 
Portrait d'Eugène Viollet-le-Duc, enfant, par E.J. Delécluze - Crédit : Ministère de la Culture - Médiathèque de l'architecture et du patrimoine - RMNLe jeune Eugène ambitionnait de devenir architecte, mais il souhaitait s’affranchir, pour cela, du conventionnel parcours obligé de l’Académie des Beaux-arts et du séjour à Rome. C’est sur le terrain, en étudiant les édifices historiques en ruines ou encore en état, en pratiquant minutieusement le dessin, qu’il entendait se former à la science architecturale. Ce parcours peu orthodoxe, éloigné des normes néoclassiques, lui valut d’ailleurs une opposition constante des tenants de l’académisme.

Le lac d'Oô, aquarelle, par E.-E. Viollet-le-Duc, 1833 - Crédit : Ministère de la Culture - Médiathèque de l'architecture et du patrimoineC'est en vue de cette éducation autodidacte, et aussi dans un contexte de redécouverte romantique des cultures régionales, qu'il effectua plusieurs voyages durant sa jeunesse. Il parcourut la France entière, l'Italie, mais aussi plus particulièrement les Pyrénées, qui, du Pays basque au Pays de Comminges, suscitèrent en lui une passion inextinguible pour la montagne. De ses pérégrinations, il ramena des centaines de dessins et de croquis, ainsi que des journaux de voyage souvent laconiques et une correspondance traduisant bien son esprit de jeunesse et l'influence du contexte intellectuel romantique de la première moitié du XIXe siècle.
 
A la fin des années 1830, Prosper Mérimée lui confia la restauration de la basilique de Vézelay, en Bourgogne, qui fut le premier de ses chantiers de grande envergure. Puis Viollet-le-Duc travailla à la restauration de Notre-Dame de Paris aux côtés de son prédécesseur Jean-Baptiste Lassus, sous les ordres duquel il oeuvra également à la Sainte-Chapelle de Paris. Les chantiers de restauration se multiplièrent ensuite partout sur le territoire national, ce qui résultait de ses fonctions d'inspecteur général des édifices diocésains et d'architecte des Monuments historiques. Parallèlement à ses chantiers de restauration, Viollet-le-Duc exerçait son activité d’architecte au sein de son agence, avec de nombreux collaborateurs. Il reçut une multitude de commandes privées qui n’aboutirent pas forcément et dont les traces ne sont pas toujours aisées à retrouver. 
 
Portrait d'Eugène Viollet-le-Duc, par Nadar, 1879 - Crédit : Musée d'Orsay - RMNEn tant que théoricien, on lui doit un impressionnant volume de publications, qui demeurent des références fondamentales en termes d’architecture, mais aussi d’étude du Moyen Age. On utilise souvent d’ailleurs, sans forcément en avoir conscience, la terminologie de Viollet-le-Duc ou ses connaissances pour les travaux sur le patrimoine. Le Dictionnaire raisonné de l’architecture en 12 volumes et le Dictionnaire raisonné du mobilier en 6 volumes constituent de véritables ouvrages historiques. Mais il publia également les Entretiens sur l’architecture, la série des Histoire de, à vocation didactique (Histoire d’une maison, Histoire d’un dessinateur, Histoire de l’habitation humaine, Histoire d'un hôtel de ville et d'une cathédrale etc.), sans compter ses centaines d’articles dans les diverses revues spécialisées ou encore sa contribution, en tant que dessinateur, aux Voyages pittoresques et romantiques de l'ancienne France du Baron Taylor.

Entre novembre 1863 et mars 1864, il eut brièvement l'opportunité d'enseigner ses théories au sein de l'Ecole des Beaux-arts, ambitionnant d'y associer la connaissance de l'histoire à la pratique créative. Mais ce positionnement, trop en dehors des routes battues, et, qui plus est, provenant d'un praticien récalcitrant à la formation académique, le conduisit à un échec cuisant et, après seulement sept séances, à son éviction en grand bruit de l'institution artistique. C'est suite à cette expérience malheureuse qu'il publia ses fameux Entretiens, où il dénonce clairement le manque de rationalisme de l'enseignement académique. Ayant réfléchi sa vie durant à un renouveau des arts et de l’architecture national, il fondait sa doctrine sur la nécessité de moderniser l’architecture en s’inspirant des savoir-faire techniques des Anciens, mais aussi en tirant parti du style national afin de proposer un art fidèle à l’identité de son territoire. 

Car, bien qu’il soit connu pour ses innombrables chantiers de restauration d’édifices cultuels médiévaux, il était résolument un homme d’avenir, dont les théories ont largement influencé les architectes qui lui succédèrent dans tout le monde occidental. On décèle cette influence dans l’Art nouveau, tous pays confondus, et tout au long du XXe siècle, notamment chez des architectes comme Frank Lloyd Wright. Ou encore, de nos jours, ses démonstrations publiées dans ses Entretiens sur l’architecture font l’objet d’expériences en Italie afin de créer une architecture antisismique. Ainsi participa-t-il à la recherche, et la querelle, des styles, et à travers eux, d'identité artistique, qui jalonna tout le XIXe siècle.
 
Au bas du col de Bonhomme, paysage des Alpes, aquarelle par E.E. Viollet-le-Duc, 1868 - Crédit : Musée Lambinet, VersaillesSon goût pour la montagne constitue, par ailleurs, une dimension subsidiaire, et non des moindres, de son oeuvre. Viollet-le-Duc, qui était un républicain anticlérical, étudia en effet la montagne comme un monument architectural créé par la nature. Il se plut à en échauffader des théories, témoignant de son imaginaire scientifique fondé sur la raison, tel que son principe de la cristallographie, qui explique les formes naturelles par des associations de triangles. Les évènements de 1870, dont il prit part en tant que républicain, l’amenèrent à se retirer à Lausanne pour se rapprocher au plus près des massifs montagneux et consacrer les dernières années de sa vie à ce sujet. Il publia ainsi une carte du Mont-Blanc et fit de nombreux relevés d'observation dans les Alpes. Ses œuvres en la matière sont regardées aujourd’hui encore comme un apport important en termes d’histoire du paysage.

C'est à Lausanne en 1879 que Viollet-le-Duc s'éteignit, après avoir parcouru encore les monts escarpés des Alpes. Et c'est aussi en ces terres d'adoption qu'il fut inhumé. Comme le symbole de son désir de renouveau architectural, son chalet La Vedette, qu'il avait édifié selon ses idées de modernité et d'adaptation à l'environnement culturel, matériel et paysager, ne résista que quelques décennies à son absence et fut démoli. L'année suivant son décès, son fils et ses disciples publièrent une partie de ses dessins inédits lors d'une exposition lui rendant hommage ainsi qu'un ouvrage retraçant son existence. 
Carte d'identité

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Rubrique : Histoire et société
Toponymie : Thème : Style : Période : Datation précise : de 1814 à 1879
Auteur de la notice : Viviane Delpech
Mise en ligne : 07/08/2014
Mise à jour : 03/08/2014
Droits de diffusion : Communication soumise à autorisation, reproduction soumise à autorisation
Droits d'auteur : © www.archives-abbadia.fr
Ressources externes

Ressources externes

Bibliographie

  • Viollet-le-Duc 1980, actes du colloque international, Nouvelles Editions Latines, Paris, 1982. 
  • Viollet-le-Duc à Pierrefonds et dans l’Oise, Actes de colloque, Editions du Patrimoine, Centre des Monuments Nationaux, 2008. 
  • AUZAS P.-M., Viollet-le-Duc 1814-1879, catalogue d’exposition, Hôtel de Sully, Caisse Nationale des Monuments Historiques, Paris, 1965. 
  • BARIDON L., "Viollet-le-Duc, Eugène-Emmanuel", in Dictionnaire critique des historiens de l'art [En ligne], INHA, réf. du 31 juillet 2014. URL : http://www.inha.fr/fr/ressources/publications/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/viollet-le-duc-eugene-emmanuel.html?search-keywords=viollet-le-duc
  • BARIDON L., L’imaginaire scientifique de Viollet-le-Duc, coll. Villes, Histoire, Culture, Société, L’Harmattan, Paris, 1996. 
  • BRESSANI M., Sciences, histoire et archéologie : sources et généalogie de la pensée organiciste de Viollet-le- Duc, Thèse de doctorat d’Histoire de l’Art, Université Paris IV Sorbonne, 1997. 
  • DELPECH V., Le château d'Abbadia à Hendaye: le monument idéal d'Antoine d'Abbadie, 3 volumes, thèse de doctorat d'Histoire de l'art, Université de Pau et des Pays de l'Adour, 2012.
  • FOUCART B. (dir.), Viollet-le-Duc, catalogue d’exposition, Galeries Nationales du Grand Palais 19 février – 5 mai 1980, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1980. 
  • FOUCART B. (éd.), L’éclectisme raisonné, Denoël, Paris, 1984.
  • LENIAUD J.-M., Les bâtisseurs d’avenir. Portraits d’architectes XIXe – XXe siècle, Fayard, Paris, 1998.
  • LENIAUD J.-M., Viollet-le-Duc ou les délires du système, Editions Mengès, Paris, 1995. 
  • TIMBERT A. (dir.), Matériaux et techniques de construction chez E.-E. Viollet-le-Duc, actes du IIe colloque international de Pierrefonds, 24-25 septembre 2010, coll. Idées et Débats, Editions du Patrimoine, Paris, 2014.
  • TIMBERT A., Le chevet de la Madeleine de Vézelay et le début de l’architecture gothique en Bourgogne, Thèse de doctorat d’Histoire de l’art, Université de Franche-Comté (Besançon), 2001. 
  • VIOLLET-LE-DUC E.-E., Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 10 volumes, Librairies-Imprimeries réunies, Ancienne Maison Morel, Paris, 1854-1868. 
  • VIOLLET-LE-DUC E.-E., Dictionnaire raisonné du mobilier français de l’époque carolingienne à la Renaissance, 6 volumes, Bance, Paris, 1858-1875. 
  • VIOLLET-LE-DUC E.-E., Entretiens d’architecture, 1858-1872, édition intégrale : tomes 1+2, 2ème édition, rééd. Pierre Margada, Paris, 1978. 
  • VIOLLET-LE-DUC E.-E., Monographie de Notre-Dame de Paris, suivi de Peintures murales des chapelles de Notre-Dame de Paris, édité par LENIAUD J.-M., coll. Les introuvables du Patrimoine, Editions Molière, Paris, 2008. 

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Pour citer cette notice : Viviane Delpech, "Eugène-E. Viollet-le-Duc, repères biographiques", in Ville d'Hendaye/DRAC Aquitaine, Archives d'Abbadia. Patrimoine du XIXe siècle [En ligne], mis en ligne 07/08/2014, consulté le 17/01/2019. URL : http://www.archives-abbadia.fr/notice_thematique_12.htm
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